Compte rendu

Samedi 16 juillet 17h00, début du briefing obligatoire. Les 250 participants sont rassemblées et chacun écoute religieusement les consignes des organisateurs. Le briefing est long car il y a multitudes d’éléments à prendre en compte. Un numéro d’urgence nous est remis en cas de problème sur la route et afin de pouvoir être secouru. Je suis invité sur scène afin de pouvoir témoigner de mon expérience 2010 et apporter des informations complémentaires. Les visages sont tendus, la météo est très incertaine pour demain…Un bon repas et me voilà coucher pour 21h30.
P7160447
2h50 du matin dimanche 17 juillet: le réveil sonne… C’est parti pour une grosse journée ! Premier réflexe, je regarde par la fenêtre et constate une pleine lune et un ciel à peine menaçant (14 degrés !), quelle surprise alors que le déluge est annoncé depuis plusieurs jours… Je sais très bien que la pluie va arriver, faut pas rêver !
Le petit déjeuner est pris minutieusement et j’ai même prévu une petite assiette de pâte. La douche pour se réveiller avec la radio pour fond sonore et quelques étirements, me voilà bientôt prêt. Mes sacs sont bouclés depuis hier soir et j’ai déjà donné à l’organisation mon sac de ravito que j’ai demandé à pouvoir disposer au sommet du col du grand saint Bernard et du petit.
5h05 – Le départ est donné et nous abordons d’entrée de jeu la descente du col des saisies de nuit, lampe avant et arrière obligatoires. Mince, ma lampe avant tombe brutalement au passage dans un trou et me voilà sans lumière… je décide de suivre un Australien qui est équipé d’un phare terrible qui éclaire toute la chaussée ! Pas le top pour faire la descente en le suivant car il est très prudent mais je veux pas prendre de risques.
Nous voilà en bas et je vois déjà au loin un homme partir seul, il a du faire la descente proprement… Nous sommes un groupe de 17.
km 23 – Une erreur de parcours nous fait perdre un peu de temps et nous devons faire demi tour sur 400m
1er ravitaillement km52 – J’ai accéléré dans la montée de 3km qui le précédait car l’écart est déjà de 4min sur le coureur de tète. Nous sommes désormais 5 en contre: un italien, un norvégien, un allemand et un Français. Je prends le temps de plaisanter avec ce dernier en voyant 3 femmes nous encourager comme des hystériques: « des copines à toi », que je lui dis ! Il se marre.
km 62. Passage à Chamonix. Le temps devient de + en + incertain, la pluie n’est pas loin.
km 76. Sommet du col des Montets, passage en Suisse. Il pleut et la température a chuté à 8 degrés. Nous ne sommes plus que 3 en contre et je décide de mener le train. Il y a 5 minutes de retard.
La descente qui s’en suit est un peu dangereuse et surtout il pleut un vrai déluge…
km96- sommet du col de la Forclaz. Le sauve qui peut commence. Au sommet je prends un journal pour me protéger du froid + un kway que me tend mon papa. Les écarts sont déjà importants. L’italien commence à claquer des dents et nous en sourions tout les deux: « Fucking Mont Blanc » qu’il me dit !.
Dans la descente qui mène vers Martigny, je manque 2 fois de chuter car les freins ne répondent pas bien, il y a tellement d’eau sur la route. Je me fais même un peu distancer par le coureur Français.
Dans la descente, je prends le temps de me faire pipi dessus: ça réchauffe les jambes ! C’est Thor Hushovd qui m’a appris à faire cela après que nous ayons disputer un Tour de Norvège en 2003 sous le maillot Crédit Agricole. A la guerre comme à la guerre !
Passage dans Martigny. Un chat me passe à 10m devant dans une courbe. Ouf….
km116. Ravitaillement et ascension du col de Champex. Mentalement, ça y est on y est on est dans le vif du sujet: cette journée va être une véritable aventure. Il pleut de manière incroyable et la rivière que nous longeons forme un torrent dont les projections arrivent jusque la route. Dès le début du col, j’accélère pour de bon; cela va être du chacun pour soi et puis je sens que mes 2 compagnons commencent à montrer des signes de lassitudes. L’écart est 4min au pieds, il n’est plus que de 1’30 au sommet 10km + loin. Ce col est très dur, vraiment très dur. Je suis touché par les encouragements par 3 fois dans la montée de spectateurs qui clament mon prénom. Vu le nombre de personnes qu’on a croisé depuis le début de la journée, c’est presque du 100% !
km125- Début du col du Grand Saint Bernard. L’écart est de 1’45 sur la tête et 5’30 sur les 2 de derrière. Le froid me prend de + en + le corps mais je tourne bien les jambes. Ce col est très long et les premières pentes se dressent sur une grande route. Nous abordons un tunnel de 3000m qui permet de se sécher un peu.
Sommet 6km, je n’ai plus que 30s à boucher. Mon esprit divague un peu et je m’étonne, au passage devant une station service, du prix de l’essence en Suisse. Je me mets à chanter une chanson de L’Affaire Louis Trio: faut vraiment que mon esprit divague bon sang…!
Sommet 3km. Impossible de distinguer les fortifications édifiées par Napoléon à cet endroit, il y a un brouillard à couper au couteau. Me voilà revenu sur la tête de course.
Sommet du col du Grand Saint Bernard – Passage en Italie. J’enfile un gore tex tandis que quelques flocons virevoltent. C’est parti pour une longue descente de 30km. Au bas, je ne me suis toujours pas réchauffé. Je prends le temps de manger plusieurs tranches de pain d’épice tandis que nous nous relayons dans cette Vallée d’Aoste qui offre un long faux plat en direction du col du Petit Saint Bernard.
km 210 ravitaillement. Nous prenons le temps de nous arrêter 30s avant d’attaquer le col. Je ne me sens pas très bien, j’ai l’impression que la descente + la vallée m’ont glacé. Dès le début de l’ascension, je décide de me tester en accélérant le rythme mais je ne suis pas terrible. J’ai tellement froid aux mains que je dois prendre les 2 mains pour changer de vitesse, c’est d’un pratique…
A la sortie du village de la Tuile, à mi chemin vers le sommet, je perds quelques longueurs. Je me dis que ça va pas le faire car je vois que mon collège Luxembourgeois est encore bien en « ligne de chaine », il doit vivre dans une rivière ou dans un congélateur c’est pas possible autrement ! J’ai un petit début de fringale aussi. L’écart grandit et au sommet, j’ai lâché 2’30. je me dis que je gagnerai pas mais je suis bien content de cette 2e place provisoire; de toute façon je peux pas donner davantage. Au sommet, il pleut « un truc de malade » et la température affiche 4 degrés. Mes gants longs ne protègent plus rien et je décide les changer au ravitaillement. De toute façon, inutile de chercher à faire la descente pour revoir la tete de course. Je n’ai plus beaucoup de patins (montés 4 semaines avant la course) et ce serait trop dangereux. Passage en France.
0
km 300. En pleine ascension du Cormet de Roselend. Le décor est apocalyptique, j’ai l’impression d’être seul au monde. Je m’encourage et j’écoute ceux de mon père qui braille sur le bord de la route: « vous etes des malades ! ». Je gravis le col à mon rythme et arrive au sommet Il ne reste que 35km à parcourir.
Je m’assure au point de contrôle que je ne suis pas menacé par ma 3e place en questionnant un juge. « Derrière c’est la débandade » qu’il me répond. Un Allemand a pris la 3e place et il est seul apparemment. J’aborde la descente de ce magnifique col qui aujourd’hui ne l’est pas tout à fait. Cette descente est très dangereuse, à la limite du praticable même. Je prends le temps de sortir de ma poche de KWay une dernière cartouche: un Mars de 50g !
La remontée finale vers les Saisies s’effectue à une allure tranquille. Je suis cuit ! Au passage à Hauteluce, les propriétaires de la chambre d’hôte ou je loge ont dressé une grande banderole « Allez Eric Leblacher »… Génial !.
km332. Au détour d’un lacet, j’aperçois les premiers chalets de cette si belle station des Saisies. Quel chantier de devoir utiliser les 2 mains pour changer de vitesse !
km335. Arrivée dans la station, je suis étonné du nombre de spectateurs présents par ce temps. Les applaudissements sont nombreux, c’est beaucoup de chaleur d’un coup.
Les arrivées se succèderont jusque 1h40 du matin, chapeau à tous ! Ce Tour du Mont Blanc fut magnifique et nous a rappelé que le cyclisme est bel est bien un sport de plein air…
Rendez-vous en 2012
P7150393