Interview d’Eric Leblacher (Française des Jeux) : « je ne m’échappe pas pour passer à la télé. Quand j’attaque, c’est pour gagner. »

Echappé sur chacune des courses auxquelles il a participé depuis le début de l’année, le Français Eric Leblacher (Française des Jeux) fait décidément honneur à son nouveau maillot. Vainqueur d’une étape de l’Etoile de Bessèges en début de saison à Salles-du-Gardon, l’attaquant de 28 ans (il les fêtera demain mardi) a grandement animé la 29ème édition de Cholet-Pays de Loire hier. Il a accompli une fugue de 160 kilomètres dont une partie en compagnie de Stéphane Bergès (Agritubel). Repris à 25 kilomètres de l’arrivée, Eric Leblacher aura réussi l’exploit inédit de franchir toutes les bosses du parcours en tête.

Eric, vous avez effectué 160 kilomètres en tête sur Cholet-Pays de Loire. Comment l’aventure a-t-elle commencé ?
« Ce n’était pas une tactique prédéterminée mais au départ, j’ai eu un petit peu peur du vent de côté parce que je ne maîtrise pas trop de genre d’exercice. J’ai donc pensé à anticiper un éventuel coup de bordure, qui ne s’est finalement jamais produit, en attaquant de bonne heure. Après, j’y ai cru un moment car on a pris onze minutes à un moment et derrière, ça se marchait un peu dessus. En plus, j’étais accompagné par Stéphane Bergès, qui est un professionnel de l’échappée. Moi aussi, je marche bien dans ce domaine depuis le début de l’année. On a donc bien géré l’affaire. »

Partir de loin, c’était quand même une mission suicidaire…
« En fait, je pensais qu’un groupe allait partir dans les bosses et que j’allais ainsi pouvoir me retrouver dans le bon coup. Dans mon esprit, une fois repris par le bon coup, je n’aurais pas roulé car j’aurais prétendu avoir roulé devant pendant déjà un bon bout de temps. Et puis dans le final, j’aurais pu les piéger. Mais apparemment, tout le monde a eu peur du vent derrière et ça n’a pas cassé. »

En revanche, le vent a joué en votre défaveur ?
« Oui mais pas dans la partie finale. Il a surtout été gênant au milieu de la course. Là, on a perdu pas mal de temps. On avait vent de côté, vent de face, c’était assez difficile, assez éprouvant, mais bon, Cholet-Pays de Loire c’est toujours comme ça. »

Comment s’est passée la collaboration avec Stéphane Bergès pendant ces quatre heures d’échappée ?
« Je pense que j’étais mieux que Stéphane mais il m’aidait quand même beaucoup sur le plat. Mais quand l’écart est redescendu j’ai décidé d’attaquer tout seul parce que je marchais pas mal. Mais sur une course comme celle-là, il n’y a pas grand chose à faire. Elle est un petit peu réservée aux sprinters. A partir du moment où le peloton est relativement groupé à 15 bornes de l’arrivée, c’est foutu. Mais je ne regrette pas mes efforts. J’ai passé une bonne journée devant. Je suis heureux car c’est tout simplement dans la lignée de ce que je fais depuis le début de l’année. »

Combien de kilomètres avez-vous pu accomplir échappé depuis le début de l’année ?
« Oh j’en sais rien ! J’ai fait une échappée au Grand Prix d’Ouverture-La Marseillaise, une à l’Etoile de Bessèges, une autre au Tour de Valence, deux sur Paris-Nice. En fait, une échappée sur chacune des courses que j’ai faites depuis le début de la saison ! »

Vous êtes omniprésent sur le terrain offensif. Qu’est-ce qui a changé pour vous durant l’hiver ?
« Il y a un changement de maillot d’une part, mais le premier point, c’est d’abord un changement d’entraîneur. Je m’entraîne à présent avec Frédéric Grappe, qui est un mec en or. Ensuite, il y a un changement d’équipe, mais que je n’ai pas voulu. Je n’ai tout simplement pas été conservé par le Crédit Agricole. Ce n’est pas moi qui ai souhaité changé de groupe mais le hasard a fait que je me suis retrouvé à la Française des Jeux, qui est une équipe que j’ai toujours voulu intégrer. Mais je pensais la rejoindre après une bonne saison, pas après une mauvaise comme celle de l’année dernière. »

Ce changement d’équipe a-t-il également influencé votre façon de courir ?
« Oui car à la Française des Jeux, on tape dans les buts. On ne calcule pas, on ne compte pas les points pour la Coupe de France et tout ça. Nous, on est là pour gagner des courses, et ça correspond bien à mon tempérament. Je ne m’échappe pas pour passer à la télé. Quand je suis parti au kilomètre 20, c’était pour gagner. »

Quel va être le programme maintenant ?
« Normalement, je devais faire le Critérium International le week-end prochain, mais les directeurs sportifs veulent que je souffle un peu en terme de courses, pas en terme d’entraînements. Ca fait un mois et demi que je ne fais que courir, j’ai déjà vingt-quatre jours de course, presque le double de certains, et du coup je ne m’entraîne pas trop. La Française des Jeux préfère que je saute le Critérium International afin que je puisse m’entraîner pour le Tour du Pays-Basque, Paris-Camembert, le Grand Prix de Villers-Côtterets et le Tour de Romandie. »

Propos recueillis à Cholet le 19 mars 2006.

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Vélo 101 (2006-03-20)

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